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Composer ses tisanes maison : mélanges, dosages et petits secrets

Une pincée de verveine, un zeste d'orange séché, un éclat de cannelle : composer ses tisanes, c'est un peu comme cuisiner sans feu. Voici les familles de goûts, cinq mélanges à essayer, les bons gestes d'infusion et de quoi remplir de jolis bocaux à offrir.

· 6 min de lecture

Cuillère en bois remplie de plantes séchées sur une toile de lin

Il y a ceux qui achètent leurs tisanes en sachets et ceux qui, un jour, ouvrent trois bocaux sur la table de la cuisine et commencent à mélanger. Composer ses mélanges, c'est choisir exactement le goût que l'on veut boire après le dîner. Et c'est beaucoup plus simple qu'on ne le croit.

Les quatre familles de goûts

Avant de mélanger, il aide de penser comme un cuisinier : chaque ingrédient joue un rôle dans la tasse. On peut ranger l'essentiel en quatre familles.

Les fleurs, pour la rondeur

Tilleul, camomille, fleur d'oranger, coquelicot, lavande, hibiscus : les fleurs apportent du parfum et une certaine douceur en bouche. Elles sont aussi les plus capricieuses. La camomille devient vite amère si on la laisse trop longtemps, la lavande prend des airs de savonnette dès qu'on force la dose, l'hibiscus colore tout en rouge vif et ajoute une acidité franche.

Les feuilles, pour la structure

Verveine, menthe, mélisse, citronnelle, feuilles de framboisier ou de mûrier, rooibos : ce sont elles qui forment le corps du mélange. On les utilise en plus grande quantité, comme la base d'une sauce. La verveine a ce goût citronné et légèrement poivré, la mélisse une fraîcheur plus discrète, la menthe une vivacité que tout le monde reconnaît.

Les écorces d'agrumes, pour la lumière

Orange, citron, pamplemousse, bergamote : les zestes séchés réveillent un mélange un peu terne. Une petite quantité suffit. Choisissez des fruits à peau comestible, sans cire ni produit après récolte, si vous les séchez vous-même, et prélevez uniquement la partie colorée, sans le blanc qui donne de l'amertume.

Les épices, pour la chaleur

Cannelle en éclats, gingembre séché, cardamome légèrement écrasée, clou de girofle, badiane, vanille : ce sont les notes de fond, celles qui donnent envie de serrer la tasse entre ses mains en novembre. Elles se dosent à la pincée, jamais à la poignée.

Cinq mélanges pour commencer

Les proportions ci-dessous sont données en cuillères à soupe de plantes sèches, pour remplir un petit bocal d'environ 200 ml. Pour une tasse de 25 cl, comptez ensuite une cuillère à café bombée du mélange.

  1. Verveine-citronnelle : 4 cuillères de verveine, 2 de citronnelle coupée, 1 de zeste de citron séché. Un classique frais et franc, qui se boit aussi glacé l'été.
  2. Tilleul-orange : 4 cuillères de tilleul, 1 et demie de zeste d'orange, une demi-cuillère de fleur d'oranger. Doux, rond, avec une petite note de pâtisserie.
  3. Menthe-mélisse : 3 cuillères de menthe poivrée, 3 de mélisse. La mélisse arrondit la menthe, qui sinon prend toute la place. Parfait après un repas copieux, simplement pour le goût net qu'il laisse en bouche.
  4. Camomille-lavande : 4 cuillères de camomille, 1 cuillère à café seulement de lavande, 1 cuillère de mélisse. La lavande doit rester un murmure : si vous la reconnaissez au premier coup de nez, c'est déjà trop.
  5. Rooibos-cannelle : 5 cuillères de rooibos, 1 cuillère d'éclats de cannelle, 3 gousses de cardamome écrasées, quelques fils de zeste d'orange. Sans théine, chaleureux, il plaît souvent à ceux qui boudent les tisanes « trop vertes ».

Une fois ces bases maîtrisées, amusez-vous : remplacez l'orange par du pamplemousse, ajoutez une pincée de pétales de rose au tilleul, glissez un morceau de gingembre dans le rooibos. Notez vos essais dans un carnet.

Infuser sans gâcher le goût

La plupart des plantes aiment une eau frémissante, autour de 90 °C, plutôt qu'une eau à gros bouillons. Laissez la bouilloire reposer une minute après le déclic, ou arrêtez-la juste avant. Pour les fleurs délicates comme la camomille ou le tilleul, 85 °C suffisent.

Côté temps :

  • fleurs : 4 à 5 minutes, pas davantage ;
  • feuilles : 5 à 7 minutes ;
  • écorces et épices : 7 à 10 minutes, voire une courte décoction de 5 minutes à feu doux pour la cannelle et le gingembre ;
  • rooibos : il supporte très bien 8 minutes et plus sans devenir amer.

Couvrez la tasse pendant l'infusion : les arômes restent dedans. Une eau peu calcaire change franchement le résultat. Et si vous préparez une tisane du soir, glissez-la dans votre petit rituel avant d'éteindre la lumière, à heure fixe : c'est souvent l'habitude, plus que la plante, qui rend le moment agréable.

Sécher les plantes du jardin

Si vous avez un bout de jardin ou un balcon, la menthe, la mélisse, la verveine et la lavande se sèchent facilement. Cueillez-les le matin, une fois la rosée évaporée, avant les fortes chaleurs. Choisissez des tiges saines, sans taches, loin des bords de route.

Deux méthodes fonctionnent bien :

  • en bouquets : petites bottes de cinq ou six tiges, liées par un élastique, suspendues tête en bas dans une pièce sèche, aérée et sombre ;
  • à plat : feuilles étalées en une seule couche sur un torchon propre ou une claie, retournées une fois par jour.

Comptez une à deux semaines. Les feuilles sont prêtes lorsqu'elles se brisent sous les doigts en faisant un petit bruit sec. Effeuillez alors sans trop émietter, car les feuilles entières gardent mieux leur parfum. Si une odeur de moisi apparaît, on jette sans regret.

Conserver, étiqueter, dater

L'ennemi des tisanes, c'est la lumière, puis l'humidité et l'air. Rangez vos mélanges dans des bocaux en verre bien fermés, placés dans un placard plutôt que sur une étagère au soleil, ou dans des boîtes en métal. Évitez la proximité de la bouilloire.

Sur chaque bocal, une étiquette simple : le nom du mélange, la liste des plantes et leurs proportions, la date de préparation. En pratique, un mélange garde un parfum agréable pendant six mois à un an. Au-delà, il ne devient pas dangereux mais perd beaucoup de sa saveur : on s'en rend compte en ouvrant le bocal, quand l'odeur ne « monte » plus.

Les bonnes précautions

Une tisane reste une boisson, mais toutes les plantes ne conviennent pas à tout le monde. Pendant une grossesse ou un allaitement, si vous prenez des médicaments, si vous êtes sujet aux allergies (le pollen des fleurs de la famille de la camomille, par exemple) ou si vous préparez une tasse pour un enfant, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien avant d'adopter un nouveau mélange au quotidien.

Autre point simple : achetez des plantes destinées à l'infusion, vendues comme telles, plutôt que des fleurs décoratives ou des sachets parfumés pour armoire, qui peuvent contenir des parfums ou des produits qui n'ont rien à faire dans une tasse. Et ne cueillez jamais une plante sauvage dont vous n'êtes pas absolument certain.

Des bocaux qui font plaisir

Un mélange maison est l'un des cadeaux les plus faciles à réussir. Remplissez un petit bocal de 100 ou 150 ml, nouez un ruban de raphia autour du couvercle, ajoutez une étiquette écrite à la main avec le dosage et le temps d'infusion. Pour un coffret plus généreux, associez deux mélanges, l'un pour le matin, l'autre pour le soir, avec une petite boule à thé ou un filtre en coton. On peut même compléter avec un baume maison pour les mains dans un pot assorti, ou glisser le bocal de rooibos-cannelle à côté d'un granola fait maison, comme ceux de nos petits-déjeuners d'automne.

Le plus beau, finalement, c'est le nom que vous donnerez à vos mélanges. « Dimanche pluvieux », « Retour du marché », « Après la promenade » : une tisane qui porte un nom se boit avec un peu plus d'attention, et c'est tout ce qu'on lui demande.